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Tourisme et handicap : des vacances adaptées à tous

Handicap & Tourisme : comment adapter ses voyages
© Daphnée Gagnage / 1parenthese2vies

Handicap et voyage sont deux mots qui peuvent très bien aller ensemble : avec un peu d’organisation et les bonnes infos tout est possible, car le tourisme s’adapte de plus en plus à la question.

Les handis voyagent, et c’est loin de n’être qu’une utopie. Ce n’est pas toujours évident mais le fait est que ça se développe. Lorsque j’ai eu mon accident et que je me suis retrouvée à devoir vivre en fauteuil roulant, j’ai mis deux ans à envisager de reprendre les voyages, que je faisais déjà en nombre avant. 

Voyager avec un handicap : c’est s’adapter et s’organiser

Parce qu’avant de savoir si le tourisme est accessible là où on va, encore faut-il se connaître soi-même. Parce que chaque handicap est différent, nos besoins sont eux aussi bien particuliers et si l’un cherche une salle de bain avec une baignoire équipée là où il compte séjourner, l’autre ne pourra pas s’en servir et demandera plutôt une douche. Pas par choix, mais par nécessité d’un corps qui fonctionne d’une façon unique quoi que l’on en dise.

Vienne : une ville adaptée au fauteuil roulant
Vienne (Autriche) : une ville adaptée au fauteuil roulant © Daphnée Gagnage

Alors sortir de chez soi pour aller à la découverte de son pays ou d’un autre ça commence d’abord par ça : savoir ce qui nous est nécessaire, quelles sont nos limites et nos capacités. Ensuite, on repense nos envies. Le tourisme a beau être en évolution concernant l’accueil des personnes en situation de handicap, il y a tout de même des valeurs plus sûres que d’autres. Privilégier la ville à la vie sauvage, la capitale au petit coin perdu, la culture au sport (encore que sur ce point-là, c’est discutable) … 

Voyager avec un handicap c’est de l’organisation : pour les « Viens, demain on part » sur un coup de tête, on repassera. Prévoir le matériel médical, les médicaments, les parcours et visites accessibles, les plans A, B et C – D si on est un peu parano – c’est du boulot, ça laisse le temps d’économiser pour le resto du dernier soir ! Heureusement pour nous, nous vivons à l’ère du numérique : il est relativement simple de répondre à tous nos critères et à nos questionnements en prenant le temps de les chercher sur internet.

Des transports et des hébergements à choisir selon son handicap

Quand enfin on a la destination, que tout est prêt de notre côté, on peut y aller. En voiture adaptée quand on en a une, c’est ce qu’il y a de mieux. Mais nous sommes d’accord, pas pour aller à l’autre bout du monde. Non, obligés d’opter pour des transports en commun donc. 

Qu’est ce qu’une voiture TPMR ?

Ces initiales désignent un véhicule pour le Transport des Personnes de Mobilité Réduite. Ce sont généralement des voitures (ou minibus, voir même des scooters) qui ont été adaptés afin d’accueillir des personnes en fauteuil roulant par exemple : rampe d’accès, modification de la configuration des sièges, élévateur, ou arrimages sont quelques exemples des équipements spéciaux que l’on trouve dans ces véhicules. Les fabricants de TPMR (tel que Allied Mobility) travaillent souvent en étroite collaboration avec les principaux constructeurs automobiles (tels que Peugeot, Ford, Citroën etc.) permettant à chaque personne handicapée de trouver un véhicule adapté à ses besoins.

Bus et car ? Parfois adaptés mais s’ils sont idéaux pour les petits déplacements, en ce qui concerne les longs trajets ça n’est pas top d’un point de vue logistique (pauses pipi, installation, sièges, place…)

Le train ? Pas mal, encore faut-il qu’il soit atteignable (monte-charge pour arriver à son bord), qu’il ait un espace pour les handi où personne n’aura eu la bonne idée d’y mettre ses valises, et qu’il y ait des agents de la gare qui soient au courant de la façon dont fonctionne le matériel (ça n’est pas toujours le cas). 

L’avion ? Par chance maintenant la plupart des compagnies aériennes proposent un service en cas de handicap, léger ou lourd. Donc des adaptations également. Mais là comme pour le train, il faut prévenir à l’avance de nos besoins, arriver une heure plus tôt que celle indiquée sur le billet et une fois dans l’oiseau de fer et bien… trouver des solutions pour se passer d’aller aux toilettes pendant la durée du vol (je n’ai en effet encore jamais vu de toilettes d’avion assez grandes pour pouvoir y entrer avec un fauteuil, même petit). Il faut continuellement se réinventer et faire appel à notre esprit Mc Gyver. Ingéniosité mon amie.

Pour ce qui est du logement, il est possible de ne prendre aucun risque en tapant dans les hôtels de chaînes connues qui par leur notoriété, sont contraints de s’adapter à tous au mieux (c’est également devenu un argument marketing). Seulement il faut y mettre le prix : ça coûtera toujours plus cher que dans un AirBnB (ça se trouve tout de même, rare mais possible) ou un camping (dans lequel très peu de handicaps peuvent se débrouiller vraiment seul, avouons-le). Certaines auberges de jeunesse selon leur ancienneté sont aussi accessibles, mais il faut accepter de vivre en communauté avec des inconnus et ne pas avoir peur de l’indiscrétion de certains.

Des destinations à privilégier

Maintenant en ce qui concerne le tourisme lui-même que dire ? On y trouve de tout comme de rien. De l’hyper adapté, de l’handi-friendly, de la bienveillance… comme de l’inaccessible, de l’anti-inclusion, du mépris…

Rampe renforcée d'un magasin pour accès fauteuil roulant
À Blois, la plupart des seuils de porte des magasins du centre-ville ont une rampe renforcée © 1parenthese2vies

Ce qui est assez flagrant, c’est de constater les différences entre les pays et les cultures à ce sujet.

Les américains par exemple, ont toujours été très patriotiques dans le sens où ils aiment leurs soldats et respectent énormément leurs vétérans. Or beaucoup d’hommes rentrés de la guerre reviennent avec un handicap. Ainsi donc c’est quelque chose à quoi ils sont bien plus habitués : on se fond dans la masse comme n’importe qui d’autres, c’est plaisant. Beaucoup de lieux sont accessibles, le seul souci c’est que le matériel est souvent assez vieux, avec tout ce que ça implique. Nul n’est parfait !

Au Canada, les villes et sites sont difficilement adaptables ce qui est largement contrebalancé par… les canadiens eux-mêmes ! Ils se plient en quatre pour nous aider avec leur gentillesse et leur bonne humeur habituelle.
J’ose une comparaison avec mes séjours à Paris ? Non hein…

Le problème en France, c’est que le handicap a longtemps été tabou et cela ne fait que quelques années seulement qu’il est mis en avant. Or on ne change ni des mentalités ni des structures touristiques (ou autres) en un claquement de doigts. Le label Tourisme et handicap s’étend bon an mal an et les sites internet incluent maintenant la question du handicap dans les informations pratiques mais le chemin est encore très long. Si des normes sont aujourd’hui imposées, la communication n’étant pas toujours au rendez-vous, beaucoup rechignent à s’y plier pour la simple raison qu’ils n’en comprennent pas forcément l’utilité/nécessité/intérêt (et tout autre synonyme du genre). Je prends néanmoins plaisir à remarquer de plus en plus de petites choses mises en place, surtout pour les handicaps de parole, de vue et/ou d’ouïe. Et ce n’est parce que je ne suis pas concernée que ça ne doit pas me toucher, que ce soit par leur présence ou par leur absence, à ces adaptations.

Maquette tactile de Chambord pour les malvoyants
Maquette tactile de Chambord pour les mal/non voyants © Daphnée Gagnage

Dans le reste de l’Europe, chacun va à son rythme mais certains sont reconnus comme de vrais bonheurs (en fauteuil notamment), ce qui est le cas de la Norvège par exemple. Pour ma part c’est lorsque je suis allée à Vienne en Autriche que je me suis sentie libérée de mon handicap car je n’avais aucun mal à aller où je voulais aller, ce qui devrait pourtant être le cas partout non ?

De bonnes questions à se poser

Les professionnels de tourisme pensent souvent budget, ce qui se comprend bien sûr, seulement voilà ce sont de vies humaines dont nous parlons lorsqu’on évoque le handicap. C’est un droit que nous devrions tous avoir d’accéder à n’importe quel domaine public, à passer par la rue que nous voulons quand on visite une ville, à être installé à une place correcte lorsque nous allons voir un spectacle, à pouvoir faire du shopping dans les magasins qui nous font envie, à prendre un transport en commun sans avoir l’impression de gâcher la journée de tout le monde parce que le chauffeur ne sait pas se servir des adaptations nécessaires et que ça met un temps fou…

Bref, nous devrions avoir le droit d’être « un touriste comme un autre » !

Valencia, Espagne (musée des arts et des sciences)
Valencia, Espagne (musée des arts et des sciences) © 1parenthese2vies
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A propos de l'auteur

Daphnée Gagnage

Blogueuse d'1parenthèse2vies.com, conférencière au sujet du handicap, je parle à ma voiture, déteste les zombies mais aime les pains au chocolat et les bébés paresseux. Je suis un fléau pour les plantes vertes, alors je n’en ai pas. À la place j’ai des bougies. C’est bien aussi les bougies… Et après beaucoup d’autres choses passionnantes comme celles-ci, je suis aussi en fauteuil depuis six ans. Handi’ optimiste, handi’ aventurière, handi’ voyageuse et handi' qui écrit vers l'infini et au-delà !

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