Afrique

Les 30 plus belles photos du Vintage Air Rally 2016

Vintage Air Rally © Beatrice De Smet

Pendant 5 semaines, 10 avions construits avant 1940 ont participé au Vintage Air Rally entre la Crète et l’Afrique du Sud. Découvrez les plus belles photos.

Vintage Air Rally : des avions d’autrefois dans le ciel d’Afrique

Sourire aux lèvres, Lita Oppegard s’est extirpée de son cockpit avec l’élégance d’une « lady » d’un autre siècle. Impeccablement mise dans sa combinaison couleur sable, elle vient de poser en majesté son avion biplan sur l’herbe de Johannesburg, dans le cadre du Vintage Air Rally.

Le témoignage de Lita Oppegard

Entamé le 12 novembre 2016 en Crète, son périple pétaradant dans le ciel d’Afrique touche à sa fin. Et avant même de rallier son terminus du Cap, en Afrique du Sud, le carnet de vol de la sexagénaire déborde déjà d’anecdotes. « C’était une aventure fantastique, nous nous sommes tant amusés. Et les gens que nous avons rencontrés au gré de notre voyage l’ont rendu vraiment spécial », s’enthousiasme Lita Oppegard.

La main affectueusement posée sur l’aile de son Travel Air 4000 modèle 1928, moteur huit cylindres en étoile, elle est intarissable. « Je suis née et j’ai été élevée en Alaska. Chez nous, on dit que c’est la dernière frontière. C’est très vaste et très sauvage. Mais en survolant l’Afrique comme nous l’avons fait, je réalise combien ce continent est immense, c’est magnifique ».

Avec son copilote de mari, Nicholas, l’Américaine fait partie de la joyeuse escadrille du Vintage Air Rally. Onze équipages de « fous volants » qui ont fait le pari de revivre, à l’ancienne, le quotidien des pionniers du siècle dernier.

Egypte, Kenya, Afrique du Sud…

Depuis le 12 novembre, leurs « coucous » ont traversé la Méditerranée, atterri au pied des pyramides du Caire, joué à saute-moutons dans la savane kenyane, salué le Kilimandjaro ou admiré à s’en éclabousser les chutes Victoria… avant de gagner l’Afrique du Sud.

Moustaches blanches au vent, Nicholas Oppegard a promené pendant quarante-cinq ans ses galons de commandant de bord dans tous les cieux de la planète. Mais il le jure la main sur le coeur, son voyage au ras des pâquerettes africaines dépasse en émotions tout ce qu’il avait vécu.

« On ne se connaissait pas et nous voilà partis pour la plus grande odyssée de nos vies », s’étonne-t-il. « Honorer ceux qui ont ouvert le ciel de l’Afrique, c’est une joie, un privilège ».

Un voyage plein de péripéties

Leur route fut pourtant émaillée de multiples péripéties. Quelques crashes, spectaculaires mais sans gravité, un pilote porté manquant pendant quarante minutes et deux jours de « garde à vue » en Ethiopie pour une sombre affaire de paperasses.

© Bella Ordway

Il y eut aussi quelques moments de pure bravoure technique. Comme cette série d’atterrissages sur le bord du cratère de Ngorongoro en Tanzanie, au bord du vide…

Voilà pour les incidents et les angoisses officiellement documentées. S’y ajoutent ces petites frayeurs quotidiennes que certains pilotes se sont gardés de confier à leurs pairs.

C’est le cas de Keith Kossuth, qui n’aurait renoncé à son rêve de transafricaine aérienne pour rien au monde. Pas même son manque évident d’expérience derrière un manche à balai. « J’en rêvais depuis douze ans mais je n’ai récupéré mon avion que récemment », avoue le Californien au pied de son Travel Air rouge baptisé « Barnstormer », du nom de ces cascadeurs qui rivalisaient d’audace lors des « cirques » aériens des années 1930.

« Tout ce que j’ai eu, c’est quatre atterrissages avec le gars qui possédait l’avion et quatre de plus tout seul. Et hop, en avant toute ! », plastronne Keith Kossuth.

« Pilotage aux fesses »

Mais sa fanfaronnade a failli tourner court après un décollage de Zanzibar. « J’étais un peu trop confiant, sûrement », lâche-t-il. « L’avion est parti en vrille et je ne l’ai récupéré qu’après deux tours et demi. Ça ouvre les yeux, whaou », poursuit ce collectionneur de… motos. « Ça demande beaucoup de pratique et d’expérience de faire voler un avion pareil ».

Ce plaisir brut de la conduite « aux fesses », comme disent les amateurs, à l’heure du GPS et du pilotage automatique, est précisément ce qu’est venu chercher Ingo Presser, 72 ans.

Le vétéran allemand du rallye a passé trente-six ans dans des postes de pilotage bourrés d’électronique. Mais il apprécie toujours l’incertitude de la navigation à la carte et l’odeur de l’huile chaude qui éclabousse les lunettes de vol. « Il m’est arrivé de piloter un Airbus le matin et cet avion l’après-midi, juste pour le plaisir », dit-il encore sanglé sur le siège rustique de son Bücker Bü-131, millésime 1936.

Le ciel n’est pas une limite

« Dans un cockpit à l’air libre, vous ne faites plus qu’un avec l’environnement, vous savez immédiatement lorsque l’avion vole parfaitement et dès qu’il a un problème. Vous le sentez », poursuit le pilote, ses yeux bleus brillants de gourmandise.

Nick Oppegard ne dédaigne pas, lui non plus, ces plaisirs nostalgiques et souvent solitaires de privilégié. Mais il espère aussi avoir suscité quelques vocations, au gré de ses rencontres avec les curieux à chaque atterrissage de son biplan.

« Si nous avons réussi à donner envie à ne serait-ce qu’un enfant de lever la tête et de se dire que le ciel n’est pas une limite, alors ce voyage valait vraiment la peine« .

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